A propos de gravure

La manière noire  |  L'eau- forte  |  L'aquatinte  |  La pointe sèche

«La gravure est pensée et travail de l’envers, face à face avec le miroir et
retournement des formes, ajournées jusqu’à l’impression». Serge Meurant


On la désigne par différents termes : la gravure en manière noire, la manière noire, la gravure anglaise, ars nigra (en latin), schabkunst (en allemand : gravure au racloir), maniera nera (en italien), mezzo-tinto (en italien : demi-teinte), mezzotint).

Où l’on part du noir pour aller vers le blanc
La manière noire fait partie des procédés de gravure en creux ou taille-douce. Elle permet d’obtenir des aplats composés d’une riche gamme de nuances et demi-tons allant du noir au blanc. Ce procédé va à l'encontre des procédés au trait – burin et eau-forte existants lors de sa découverte- puisque le motif est réalisé à partir d'une planche grainée dans laquelle on creuse la matière afin de faire surgir de l'ombre (le noir) les demi-teintes (les gris) et les lumières (les blancs).

La technique

Berceau utilisé pour la manière noire
La première opération pour réaliser une manière noire consiste à grainer la plaque de cuivre au moyen d’un outil, le berceau, (rocker) : grosse lame d’acier arrondie et taillée en biseau dont le dos plat présente de fines rayures se terminant par des dents.

Le berceau est balancé verticalement, comme un hachoir, sur l’arrondi de la lame, de gauche à droite, en reculant uniformément et progressivement sur la plaque grâce à une pression régulière. La plaque se couvre ainsi d’un fin réseau de lignes composées de points en creux, avec des petites barbes en pointe.

Une dent donne un creux qui lui-même présente une barbe. On promène ainsi le berceau sur la plaque suivant des méthodes différentes : verticales, horizontales, diagonales. Le passage successif du berceau dans ces trois directions s'appelle un tour et il en faut environ une vingtaine pour que la plaque soit convenablement grainée. Certains graveurs n'utilisent que l'horizontale et la verticale afin d'obtenir une trame. D'autres utilisent plusieurs directions. La denture du berceau joue un rôle dans l'aspect final. Une fine denture permet d’obtenir un grain extrêmement serré, régulier et très fin. Une denture plus large donnera un grain plus grossier.

Le berçage s’effectue jusqu’à ce que la plaque de cuivre lisse et brillante présente un aspect légèrement rugueux et entièrement mat.

La grenure obtenue, il reste à réaliser le dessin. Pour ce faire, on utilise le grattoir ou ébarboir, outil de section triangulaire qui gratte et racle le grain et abaisse le niveau du métal. Le brunissoir, tige d’acier arrondie, écrase le métal, émousse les pointes de la grainure et rend la surface du métal lisse et brillante. Les deux sont utilisés conjointement.

On abaisse ainsi le niveau du métal, afin que - l’encre n’étant plus retenue à ces endroits ou l’étant moins - l’on puisse obtenir une riche gamme de gris, de demi-tons allant jusqu’au blanc (cuivre repoli et parfaitement lisse).

Le berçage peut ne pas se faire à fond. A condition d’être bien régulier, il permet d’obtenir une surface grise. Les parties claires peuvent être retravaillées avec d’autre outils, tels que le burin, la pointe sèche, la roulette ou même l’eau forte.

Identification de la manière noire

Trame de la manière noire
(1)
Pointillé de l’aquatinte
(2)
(1) La matière se présente comme une trame, composée de lignes pointillées, très caractéristique. L’estampe présente des noirs veloutés et profonds et une riche gamme de demi-tons allant du gris au blanc.

(2) Elle se distingue de l’aquatinte, procédé d’eau-forte, dont la matière se présente comme une succession d’aplats et de surfaces régulières, sans dégradés, formées de points blancs sur fond d’encre, sorte de fin réseau vermiculaire. Les différentes valeurs sont obtenues par des morsures successives.

N. d’Herbais de Thun