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> Un noir et blanc multicolore

« …C’est le dessin au crayon qui marque la première étape de son parcours ascendant. Ici pas de grande envolée lyrique. Les premières œuvres s’attachent au quotidien, à l’objet usuel que l’on ne voit plus à force de l’avoir sous les yeux. Ce sont ainsi des éviers courants avec le bout de savon qui sèche lentement. Ces éviers ne sont pas des joyaux du design, ils sont très ordinaires. On en voyait de semblables autrefois dans les maisons et on en trouve encore dans certains ateliers d’artistes.

Du dessin à la gravure, le pas à franchir est beaucoup plus grand qu’on le croit généralement.
La technique graphique se double de toute une alchimie de morsures à l’acide, de travail d’incision,
de mariages de différentes manières comme l’aquatinte avec la pointe sèche.
La manière noire, enfin, cette reine de la gravure, servie par le berceau et le brunissoir permet une expression de la sensibilité à de subtils degrés.

La période des piscines a succédé aux éviers. Tout y est profondeur, l’engloutissement dans l’eau est le symbole apparent d’un appel. Les bassins sont situés en sous-sol, ce qui renforce ce désir de retour aux eaux primordiales, la mère/mer. Rien de dramatique cependant car un rayon de soleil perce la surface de l’eau ou éclabousse les murs.

Parallèlement, une série de gravures s’attache à décrire le détail au quotidien. Le col d’une blouse,
les revers d’une veste, c’est un peu le monde que Domenico Gnoli (1933-1970) nommait sa peinture non-éloquente . C’est le rien qui dit tout à mots couverts…

Fin des années quatre-vingts, un grand souffle lyrique emporte l’artiste. Manière noire et aquatinte s’unissent pour décrire un espace illimité. La mer, la montagne, le vent traduisent une grande exaltation,
un élan de liberté. Les nuages définis dans la gravure, sont légers et jamais menaçants. La qualité du travail donne un relief particulier à des pays montagneux où les rivières chantent. Les ombres rampantes sur les adrets ne causent aucune inquiétude. C’est dans cette suite que la couleur inexistante physiquement est la plus présente… »

Anita Nardon | "50 artistes de Belgique" | Editions Echancrure | 1996

> Signes graphiques

Des œuvres de Dragulj, d’Herbais de Thun et Gagliardi

« Nicole d’Herbais de Thun est une de nos compatriotes. Schaerbeek 1952. Elle a déjà voué à bien des thèmes, l’acuité de sa vision et la sûreté de sa main. C’est le cas, notamment de ses piscines, dont certaines réapparaissent aujourd’hui, d’une grande précision d’écriture et d’une juste et cependant étrange atmosphère. Mais la part majeure de son envoi est constituée par la contemplation de la haute montagne. Celle-ci nous est présentée avec une désarmante simplicité, dans sa majestueuse et terrifiante grandeur.

Cimes, vallées profondes, cassures, arêtes sont rangées sous le vocable « empyrée », séjour des dieux, contenant les feux éternels, qui sont autant de spectacles dont la séduction, hors mesure humaine, nous remplit de curiosité et d’effroi. En noir, gris et blanc, l’artiste vous raconte les glaciers et la neige, les crêtes de pierre, les nuages flottants, la solitude protohistorique de ce chaos éternel. »

Stéphane Rey | "La Libre Belgique" | 23 février 1990

« Ce sont des manières noires aussi que pratique la bruxelloise Nicole d’Herbais de Thun.

Tout le velouté et la transparence de la technique est mise au service d’un jeu de clair-obscur qui fait deviner des objets ou des ambiances dépourvus de toute présence humaine, plongés dans une sorte d’immanence. Aucun pathétique dans ses sujets, mais un étonnant pouvoir de fascination qui provient
de mises en scène où des éléments émergent de l’ombre pendant que d’autres s’y perdent. »

Jean-Pierre Rouge | Conservateur du Musée d’Art Moderne de Liège
"Wégimont Culture" | décembre 1989

« D’abord par le crayon, Nicole d’Herbais de Thun, traite des objets usuels, quotidiens : éviers, robinets, pièces de vêtements…Mais elle n’en reste pas là. Sa soif de sonder d’autres moyens d’expression l’incite à interroger le cuivre…

Ainsi l’aquatinte alliée à la pointe sèche pour explorer, par de beaux dégradés de gris, les moindres accidents, les failles les plus infimes des pics montagneux.

Mais aussi la manière noire. Le berceau et le brunissoir investissent la plaque, y faisant apparaître
des coins de piscine, des cols de chemise, enlevés au noir profond et velouté par l’éclairage d’un rebord,
le relief d’une colonnade, la lumière mate d’un tissu. L’image multiple s’enrichit encore de variantes sensibles ».

A. Mattart | Extrait du catalogue publié pour le 10e anniversaire de la Galerie de Prêt d'Oeuvres d'Art
Château Malou | Bruxelles

> A la manière noire
« La gravure est par excellence un des moyens d’expression du « multiple » le plus noble mais le plus sophistiqué. La gravure requiert aussi un grand savoir de par la multiplicité de ses techniques : pointe sèche, vernis mou, burin, aquatinte, manière noire….

Nicole d’Herbais de Thun utilise l’ensemble de ces « médias » avec une sensibilité étonnante et une rare habileté. Des noirs les plus opaques, elle transite par les gris les plus nuancés pour aboutir aux blancs les plus éclatants. Elle manie le cuivre avec énormément de poésie et de rigueur. Elle évoque les matières avec une densité et une dextérité telles que l’envie de toucher ces gravures veloutées naît tout naturellement »

Paul Ide | Trends Tendances | 5 mars 1987