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Théodore
Théodore
“Le paysage aux lapins”
Eau-forte de Théodore, imprimée sur vergé, avec les mentions en bas à gauche "francisque pinxit" et en bas à droite "Simon exc cum pri regis" | 207 x 300 mm | Papier vergé | Filigrane non identifié.

"Peintre et graveur à l’eau-forte au début du 18e siècle, élève de Francisque Millet..." C'est ainsi que V. Thieme et F. Becker et de nombreux auteurs situent Théodore.

On connaît peu de choses de ce graveur. Selon Nagler, il s'agirait du prénom de l'artiste, son nom de famille n'étant pas connu. L'éditeur Simon pourrait être, d'après P.-J. Mariette, un certain Pierre Simon, batteur d'or, qui aurait possédé des planches de Théodore et également des oeuvres de Francisque Millet. Il existe un 2e état de cette estampe où le nom de Simon ne figure pas.

En effet, un lien a été fait entre les estampes de Théodore et certaines des peintures de Francisque Millet. Ainsi, le paysage aux lapins se rapproche, avec quelques variantes, d'un "Paysage" de Millet qui se trouvait autrefois dans la collection Stchawinsky. Il s'agit de Vassili Stchawinsky (1868—1924) de Saint-Pétersbourg. Il commence sa collection en 1906 avec l'aide et les conseils de son ami, le grand collectionneur Semionoff-Tianchansky : elle comporte 150 oeuvres essentiellemnent de peintres flamands et hollandais pour laquelle un catalogue est édité en 1917 à St-Pétersbourg par l'association de St-Eugénie.

P.-J. Mariette attribuait certaines estampes au peintre hollandais Gérard Hoët, ce qui a été contesté par d'autres auteurs. Sa pointe souple et légère est proche de celle de Vander Cabel. Théodore aurait gravé vingt-huit tableaux de Francisque Millet, ce qui lui donne toute son importance dans l'attribution des peintures de Millet. Peintre de paysage, originaire d'Anvers, Francisque Millet (Anvers 1642-1679), fut l'élève de Laureys Franck, lui même peintre de paysage. Tous deux s'établissent à Paris. Millet aurait ensuite fait le voyage en Italie avec Abraham Genoels, son neveu. Les oeuvres de Théodore constituent l'unique élément permettant l'attribution des oeuvres de Millet : celles-ci ne sont pas signées et la description des tableaux figurant dans les inventaires anciens et catalogues de vente manque de précisions. On retrouve dans les estampes de Théodore toutes les caractéristiques des peintures de Millet.

Il s'agit ici d'un paysage champêtre représentant la campagne romaine. La composition est divisée en de nombreux plans. Rivière et sentier partent de l'avant plan circulaire et serpentent vers le fond, divisant l'espace en plusieurs plans constitués de collines agrémentées de batiments, de groupes d'arbres et de buissons. Trois femmes marchent dans un chemin creux. L'une d'elles s'adresse à un homme couché sur une butte située à l'avant plan, sorte de plate-forme au bas de laquelle se trouvent deux lapins.Le ciel est parsemé de nuages qui constituent autant de plans supplémentaires, soulignant ainsi la profondeur du paysage. De gros blocs montagneux, à la manière d'un décor, ferment l'horizon et témoignent de l'influence des paysages "composés" de Poussin.


Notes bibliographiques

M. Roethlisberger | "Quelques nouveaux indices sur Francisque" | Gazette des Arts | 1970 | n°76 | pp. 313-324.

Francisque Millet | Le paysage en France de 1650 à 1700 | L'Estampille, L'Objet d'Art | Dossier de l'Art | n°93.

P.-J. Mariette | Abecedario | Édité par Ph. de Chennevières et A. de Montaiglon | Paris III | 1851-1860.

C. Le Blanc | Manuel de l'amateur d'estampes | Paris | E. Bouillon | 1854-1889 | T.I-II.

A.-P. -F. Robert-Dumesnil | Le Peintre-graveur français | 1. (1835) | Bartsch V | p. 329.